05/08/2007

Le chat bourgeois...

Ce petit fripon de Sherlock n'a rien fait de mieux que de me rapporter un oiseau à moitié vivant ou moitié mort, c'est selon en plein milieu du living!

Heureusement, ma chère et tendre moitié est arrivée à la rescousse et le pauvre volatile est retourné au fond des bois mais dans quel état!

 

Ce fait divers m'amène à vous proposer cette fable de Jean Anouilh et je suis sûre que bon nombre d'entre vous  pourront y reconnaître leur petit chéri...

Le chat bourgeois

 

Un chat tuait sans vrai désir.

C'était un chat très riche et il n'avait pas faim

Il faut bien se distraire enfin :

Chat bourgeois a tant de loisirs....

On ne peut pas toujours dormir sur un coussin.

De souris, il ne mangeait guère ;

Son pedigree fameux l’ayant mis au-dessus

Des nourritures du vulgaire.

Son régime était strict. Cet immeuble cossu,

En outre visité, à des dates périodiques,

Par les services de la dératisation,

Gens aux procédés scientifiques,

Tuant sans joie ni passion,

Au nom de I’administration,

De rat, de vrai bon rat, qui fuit et qu’on rattrape

Négligemment, ne le tuant qu’à petits coups

Sans tuer son espoir - vrai plaisir de satrape -

Il n'y en avait plus du tout

Avec leurs poisons et leurs trappes.

Restaient quelques moineaux bêtes et citadins,

Race ingrate

Qu’on étendait d'un coup de patte :

Assez misérable fretin.

Oubliant les rats,

L’employé du service d'hygiène ne vint pas.

On l'avait convoqué

Sur une autre frontière.

Pour tuer cette fois des hommes. Et la guerre,

Approchant à grands pas des quartiers éIégants,

Les maîtres de mon chat durent fuir sans leurs gants,

En un quart d'heure, sur les routes incertaines.

Dans l'impérieux souci de sauver leur bedaine

Ils oublièrent tout, les bonnes et le chat.

Les bonnes changèrent d'état.

Loin de Madame, violées par des militaires,

Elles si réservées, elles se révélèrent

Putains de beaucoup de talent.

Leur train de vie devint tout à coup opulent

Et elles prirent une bonne.

Après un temps de désarroi,

Le chat, devenu chat, comprit qu’il était roi;

Que la faim est divine et que la lutte est bonne.

D'un oeil blanc, d'une oreille arrachée aux combats

Dont il sortit vainqueur contre les autres chats,

Il paya ses amours royales sous la lune.

Sans régime et sans soin, ne mangeant que du rat

Il perdit son poil angora

Qui ne tenait qu’à sa fortune

Et auquel il ne tenait pas;

Il y gagna la mine altière

Et I’orgueil des chats de gouttière,

Et bénit à jamais la guerre

Qui offre aux chats maigris des chattes et des rats.

Jamais ce que l'on vous donne

Ne vaudra ce que l'on prend

Avec sa griffe et sa dent.

La vie ne donne à personne.

Jean Anouilh

Fables.
 
vendredi 029 bl

00:15 Écrit par Sombrecitrouille dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : chat, bourgeois, jean anouilh, fable, british shorthair |  Facebook |

Commentaires

très jolie fable que je met de côté,je crois que effesctivement j'en reconnaîs bon nombre de mes poilus HI,HI,HI

Écrit par : vanillettechat | 05/08/2007

C'est du vécu, disent mes humains. Grosses lèches pour ce texte et cette belle photo!
Palou

Écrit par : Palou | 10/08/2007

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